Il y a comme un bizarre décalage à rédiger ces lignes destinées à un site internet, accessible en un clic par la magie des réseaux et des mondes virtuels, à rédiger ces lignes donc, à la lueur d’une bougie en priant pour que la batterie du portable (péniblement chargée grâce à un antique groupe électrogène diesel) ne défaille pas, alors que les pluies de la mousson tambourinent sur le toit du presbytère et que tout alentours les bruits de la forêt accompagnent le bruit des touches du clavier de l’ordinateur.

Vous qui lirez ces lignes, ce ne sont pas seulement huit mille kilomètres de distance qui nous séparent, mais deux mondes en tout étrangers l’un à l’autre. Je ne veux pas parler seulement de la langue, du climat, ou encore de la gastronomie, ce sont là des exotismes dont on s’accommode finalement assez bien, et même parfois recherchons. Non, il est une altérité des cultures bien plus profonde et infranchissable, qu’on ne saurait comparer à deux périodes de temps, ou d’espace. Ponouaypou n’est pas le moyen-âge comparé (avec quelque condescendance) à notre modernité, pas d’avantage un pays certes lointain mais finalement distant que de quelques heures d’avion. C’est pour mieux dire une autre planète : c’est un peuple semi-nomade de la montagne et de la forêt, quand nos civilisations sont de plaines et de laboureurs ; c’est une culture animiste, attentive aux manifestations d’un monde invisible partout présent dans les manifestations d’une nature exubérante, quand notre civilisation a été pendant deux mille ans modelée par le judéo-christianisme et les pensées grecques et latines. Ce sont des gens dont les manières de croire, de penser sont à mille années lumières des nôtres.

On désespérerait alors de se comprendre jamais, et de se rencontrer vraiment, s’il ne nous était donné de voir, entre les Karens et les volontaires et amis français de passage, se nouer de belles et parfois longues relations d’amitié, de rires communs à des farces innocentes, de conversations sans queue ni tête moitié en langue des signes moitié dans cet étrange sabir karen-francais qui s’est constitué au gré des volontaires… En dépit, ou grâce à nos différences, naît malgré tout une relation de « sympathie » que la théologie catholique nomme « communion des saints », et qui est un des plus beaux articles de notre credo. Puisse ce nouveau site internet y concourir !

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Père Camille Rio, juillet 2017

ECHOS DE POUNOUAYPOU

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