Esprit Karen fête ses 10 ans !

Bangkok-Maewe – mai 2018

Autour de la table, des convives et autant de tasses de café (vides) avec l’animation des grands jours où les voix se mêlent, se disputent l’audience, s’apaisent et s’irritent ensuite. Des rires aussi. Beaucoup. Dans la rue voisine, le chaos habituel de Bangkok trouve son écho dans cette pièce  jonché de tissu :

« Non je t’assure, ça plaira pas ! »
« Ah bon mais on pourrait oser au moins ? »
« Trop risqué en ce moment, on a promis lourd alors pas de blague. »
« Ok, mais en 10 ans on ne s’est jamais planté non ? »

Ce matin, c’est la réunion hebdomadaire d’Esprit Karen. Elles sont une douzaine de femmes francophones que les circonstances ont poussées à Bangkok pour quelques années et veulent utiliser bénévolement talent et énergie pour servir une cause : le développement des villages Karens dans le nord du pays. C’est Esprit Karen.

Au départ, il faut l’avouer, personne n’y croyait. Mais absolument personne, ou presque. Et puis voilà que ça dure depuis 10 ans avec en tête un seul objectif : donner du travail aux femmes Karens dans leurs villages pour éviter l’exode vers les villes. Il fallait se servir d’un savoir-faire traditionnel à valoriser pour créer une activité pérenne sans altérer le quotidien du village. Le tissage était tout trouvé. A vrai dire, un pari fou : les femmes tissaient, Esprit Karen transformait les mètres de tissu en produits qui se vendaient dans les résidences de Bangkok. La pression était terrible car on ne réfléchissait pas en fonction du produit et de ses qualités, du marché potentiel  mais en fonction du nombre de femmes qui voulaient s’en sortir. On les avait toutes embauchées !

Les premiers pas d’Esprit Karen furent compliqués. Il a fallu inventer, commercialiser avec une patience à faire exploser les karmas les plus pesants. Par exemple, aucune couleur des tissus reçus à Bangkok ne correspondait à la couleur demandée. Les femmes Karens ne pouvaient s’empêcher d’ajouter leur touche personnelle. « Allez un petit coup d’un bon vert fluo pour réveiller ce gris trop triste. On doit les aider les Madames d’Esprit Karen à vendre ». Il en aura fallu des heures de conversation avec les volontaires MEP présents dans les villages pour finaliser des façons de travailler, des délais à respecter.

Aujourd’hui l’aventure continue. Plus d’une cinquantaine de femmes sont salariées du projet comme tisserandes réparties dans 8 villages. Un atelier de couture fonctionne à merveille dans l’un d’eux. Il emploie 5 femmes. Autant de vies transformées, et chacune d’elle est redevable au projet d’un quotidien désormais affranchi de l’angoisse d’un départ nécessaire vers la ville.

Vous pourriez demander aux femmes d’Esprit Karen qu’elles vous parlent de ces amies Karens car elles connaissent leur destin à force de les visiter chez elles, dans leur montagne.

Peut-être est-elle là la force d’Esprit Karen : personne n’est anonyme à l’autre et chacune à sa place se bat contre la fatalité d’un destin, pour que les plus pauvres aient le choix de leur vie.

Esprit Karen : c’est tout cela. De la générosité et du temps pour faire tourner ventes et fabrications des produits, une philosophie aussi et beaucoup de cœur.

Merci les Madames.

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